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Films fixes et projecteurs...
En guise d'introduction
 
Peut-être avez-vous trouvé dans un placard ou un grenier d’école un de ces cartons remplis de petites boîtes souvent cubiques en carton ou en plastique qui contiennent des petits films roulés très serrés. Regardez bien, à côté sans doute, vous trouverez une caisse ou un autre carton avec un projecteur bizarre, si la lampe est encore en état (attention aux alimentations en 110 volts pour les projecteurs vraiment anciens) vous allez pouvoir découvrir un outil pédagogique épatant qui fut utilisé depuis les années 1920 jusqu’à la fin des années 1970.
 
Outre les divers affichages pédagogiques dessinées accrochées aux murs des classe - les plus célèbres venaient des éditions Rossignol - les enseignants ont depuis longtemps utilisé les images photographiques dans la classe. S’il faut attendre le début du vingtième siècle pour les voir apparaître dans quelques manuels (où on lui préfère les dessins), il n’en a pas été de même pour d’autres supports.  Certains ouvrages photographiques avaient permis de découvrir depuis quelques décennies, les animaux les plus exotiques, les paysages , les habitants et les coutumes du monde entier à une période où les voyages étaient plus rares qu’aujourd’hui.
De grands photographes sillonnaient aussi les colonies d’alors et engrangeaient des milliers d’images revendues à des éditeurs à leur retour. Ces fonds étaient aussi publiés sous la forme de plaques de verre destinées au visionnement individuel ou à la projection collective à l’aide de projecteur proches encore  des lanternes magiques. Des plaques stéréoscopiques reproduisaient aussi le relief… j’en reparlerai une autre fois.
Le cinéma (1895) a très vite conquis un public enthousiaste, mais il a fallu attendre le Pathé Baby (vers 1930) pour le voir rentrer timidement à l’école, le coût des appareils de projection et la fragilité des films professionnels n’avaient pas encore permis son usage scolaire.
Dans les années 1920, on assiste à un regain formidable pour les photographies « éducatives », en particulier celles qui témoignent de la guerre 14-18. Il n’est pas difficile d’en trouver sur les marchés encore aujourd’hui. Tirées en grand nombre on peut les observer à travers des visionneuses ou en projection. Dans ces mêmes années les frères Pathé mettent en vente le Pathéorama, une visionneuse à main dans laquelle on place un film de 30 mm de large et quelques dizaines de cm de long. Les images sont horizontales au format de 18x24 mm. Le catalogue et les modèles évolueront rapidement…. Jusqu’’en 1939. Un nombre considérable de films seront proposés : géographie, histoire, films récréatifs...  Dès le début cette visionneuse pouvait être insérée dans un projecteur (le « Cocorico »  !) et donc être utilisée à la maison et sans doute en classe pour un visionnement collectif par des enseignants innovants. Très vite pour les autres modèles de films fixes le format 35 mm s’imposa, avec la même taille d’image.
Le visionnement collectif est bien adapté à un enseignement magistral ! Mais pratiquement ce devait être bien compliqué à réaliser, les projecteurs éclairaient faiblement et le noir bien difficile à obtenir dans les salles aux hautes fenêtres. On peut aussi affirmer qu’ils étaient utilisés par une minorité d’enseignants. Néanmoins ces films fixes ont connu un développement extraordinaire entre 1930 et 1960 date à laquelle ils commencèrent à être remplacés par les diapositives (images plus grandes et projecteurs plus puissants). Qui pourra jamais faire l’inventaire des maisons d’édition qui utilisèrent ce média ? Collectant ce genre de petits films et projecteurs, j’ai répertorié plus de trente éditeurs, et lorsque je me promène sur le web, j’en trouve à chaque fois de nouveaux…  Autre difficulté pour l’histoire c’est la très grande difficulté à dater les productions. D’approximations en incertitudes, on est le plus souvent ramené à la plus grande prudence. Qui chez Larousse se souvient des projecteurs et des films qu’ils distribuèrent ? Se rappelle-ton chez Paris-Match des petits films d’actualités et de reportages envoyés gratuitement aux écoles ? Quid des maisons disparues à jamais….
Alors quels contenus peut-on retrouver ?
Souvent on classe ces films par catégorie éducative et récréative. On peut considérer à part une importante production de « propagande » soit religieuse (catéchisme) soit politique (le parti communiste avait aussi ses éditions). Les patronages souvent catholiques et plus rarement laïques, dans la France très religieuse de cette période, disposaient souvent d’une salle de spectacle où il était aisé de faire de telles projections. Je me rappelle très bien y avoir vu les aventures de Tintin (par tranche de 3 ou 4 bobines afin d’appâter les enfants pour voir la suite) et m’être passionné pour celles de Blake et Mortimer projetées par un appareil « Camérafix ». Les enfants lecteurs jouaient les personnages pour les plus jeunes…
Dans les films pédagogiques, en fonction des périodes (en 60 ans il s’est passé bien des événements !), on y trouve toutes sortes de sujet : de la croisière Berliet à « l’empire français », en passant par la toilette de bébé et l’élevage des poules. On aperçoit aussi, peu à peu, des sponsors parrainer les réalisations (Air France pour Orly, Renault pour la fabrication de la 4CV…). C’est certainement l’héritage le plus important de ces petits films : ils racontent la vision moderne de chaque époque, l’hygiène à généraliser, les victoires de la médecine, les progrès techniques, les réalisations tonitruantes des après-guerres etc… D’autres ont des contenus moins temporels (la vue, la digestion…). Ils ne manquent pas d’intérêt pour l’angle choisi ou la forme de la réalisation. Une notice explicative était jointe aux films, sorte de fiche du professeur. Elles ont pour la plupart disparu à part celles qui pouvaient loger dans les boîtes.
Au début les films positifs (copiés de façon économique par des machines identiques à celles du cinéma) étaient en noir et blanc. Toutefois certains Pathéoramas étaient coloriés au pochoir. Dans les années 50 on voit apparaître les premiers films couleurs sur des pellicules Kodak ou Agfa. Ce ne sont pas ceux qui se conservent le mieux, les couleurs virant peu à peu vers le violet.
Les derniers enseignants à utiliser ce type de films furent les professeurs de langue dans des méthodes d’apprentissage audio-visuelles. Des séquences enregistrées sur bande magnétique étaient illustrées par des dessins ou des photos…  il en reste des séries entières dans de nombreux collèges ou lycées. Les projecteurs ont évolués aussi et les lampes halogènes permettaient une grande luminosité. Les  derniers fabricants français SFOM et Prestinox proposaient des projecteurs avec des passe- films appropriés pour  des films fixes ou des diapositives.
Les fonds de diapositives (La Documentation Française, le CNDP et les CDDP, entre autres) sont très rarement empruntés, certains ne sont plus accessibles, d’autres ont été jetés. Plus encombrants que les étranges petites boîtes multicolores, plus proches de nous aussi, ces ressources pédagogiques vont aussi  peu à peu disparaître.
Il ne faut pas oublier que ces pratiques pédagogiques étaient assez marginales et que seuls certains professeurs ou instituteurs intégraient cette culture par l’image dans leurs cours. Je me souviens aussi d’un professeur de géographie (le seul du lycée) qui faisaient des contrôles sur la bonne lecture de ses diapositives de voyages extraordinaires …
 
Qu’en faire ?
Avec un peu de patience et de chance on peut trouver des sujets passionnants utilisables en classe aujourd’hui, le plus souvent pour leur aspect historique. Une solution efficace (outre la projection réelle si on retrouve un projecteur) consiste à numériser ces ressources. Pour cela j’utilise un scanner à dos transparent réglé sur 3200 dpi, ce qui permet l’acquisition de 4 à 5 millions de pixels par image. C’est largement suffisant pour un usage informatique. Reste le problème des droits. Si pour les récréatifs ils ont souvent la propriété active des héritiers des ayant-droits (Tintin, Fripounet etc…) pour les films  éducatifs la mention de droits réservés sera le plus invoquée car il vous sera très difficile (voire impossible) d’identifier les détenteurs des droits (photographiques en particulier).
 
L’aînée de mes petits enfants (elle avait alors 5 ans) après une séance de projection, est venue me trouver pour me glisser à l’oreille « Tu sais tes histoires, elles sont bien, mais on voit bien que c’est vieux ton truc : le son il marche plus du tout ! ». Alors nous sommes  partis sur ce drôle de chemin : avant la télé il y avait…
 
Bonne rétro promenade

Article paru dans le journal de l'IUFM des Pays de la Loire, déc. 2008, sous le titre :
Les images fixes dans la classe… et ailleurs